Histoire de la vanille

Les gousses de vanille sont le fruit comestible d’une centaine de variétés parmi plus de 25 000 sortes d’orchidées différentes issues à l’origine d’Amérique centrale et du sud.

Elles sont découvertes par le monde occidental au début du 16ème siècle après de la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb et par Hernan Cortès lors de la conquête de l’empire aztèque en 1518. Cortès ramènera ensuite les premières gousses à la cours d’Espagne.

Les différentes variétés de vanille

En fait, il y a  environ 110 espèces de vanillier dans le monde, dont seulement 3 sont cultivées pour leurs gousses aromatiques :

  • Vanilla planifolia,
  • Vanilla pompona,
  • Vanilla ×tahitensis.

Vanilla planifolia

Pour l’espèce Vanilla planifolia, il y a plusieurs morphotypes ou cultivars (on ne parle pas de variété car il faut déposer un certificat d’obtention végétal pour ça, mais nous utiliserons sur le site mohea.fr,  ce terme très utilisé dans le langage courant du grand public pour différentier les vanilles ainsi que le mot cultivar qui lui est utilisé par les professionnels du monde de la vanille : producteurs, préparateurs et grossistes) :

  • « mansa » au Mexique,
  • dans l’Océan Indien, on trouve les morphotypes  « mexique » (dit aussi « blue »), « classique » les plus cultivés et plus minoritaires les types « aiguille » et « grosse vanille » ;

Vanilla pompona

Pour Vanilla pompona, il y a des sous espèces :

  • Vanilla pompona pompona au Mexique,
  • Vanilla pompona grandiflora du Venezuela au Brésil,
  • Vanilla pompona pittieri du Salvador au Costa  Rica.

Vanilla ×tahitensis

Pour Vanilla ×tahitensis il y a les cultivars :

  • tahiti et haapape (les 2 plus cultivés),
  • rea rea,
  • parahurahu,
  • potiti,
  • oviri,
  • puroini,
  • poura,
  • paraauti,
  • pupa,
  • ofe Ofe,
  • etc…

Tour du monde de la vanille

Amérique

L’Amérique centrale et le Mexique vont devenir jusqu’en 1850 le centre de production mondial de vanille.  En deux siècles et demi, de nombreuses tentatives de production de gousses de vanille se solderont toutes par des échecs mais permettront la dispersion de différentes variétés de vanille  (vanilla planifolia ou vanilla fragans, vanilla pompona, vanilla planifolia x Vanilla orodata supposé mais non référencé) à travers la mer des Caraïbes, l’Océan Pacifique et l’Océan Indien comme plante ornementale à défaut de pouvoir produire ces fruits tant convoités.

Vanille « givrée » du Mexique -Oaxaca dont les fleurs des vanilliers ont été naturellement fécondées par les abeilles et les colibris

L’année 1841 met fin à ces insuccès grâce à un enfant créole d’une douzaine d’année de l’île Bourbon (île de la Réunion de nos jours). Le jeune Edmond créa la méthode de pollinisation artificielle à utiliser dans les plantations et qui perdure toujours depuis lors. L’île Bourbon donna alors son nom aux premières vanilles commercialisées. Edmond ne fut affranchi de sa condition d’esclave qu’en 1848 [date de l’abolition de l’esclave dans les colonies Françaises] et reçu alors comme patronyme le nom Albius en tardive récompense.

Certaines vanilles originelles (du Mexique) se sont ensuite multipliées sur place sur l’île de La Réunion et ont été transportées d’îles en îles dans l’Océan Indien : de La Réunion vers Madagascar en 1871, Maurice, Comores dont Mayotte en 1891, Seychelles en 1866, Ceylan en 1912.

Les vanilles d’Indonésie auraient comme origine des plants transférés d’Anvers en 1820.

Tahiti

La  vanille actuelle de Tahiti serait une exception, les « mariages » croisements entre les différentes variétés de vanille originelles et celles qui se sont « acclimatées » depuis leurs implantations dans les différentes îles hautes de la Polynésie Française ont donné une quinzaine de cultivars aux arômes anisés et saveurs particulières.

Polynésie Française

Il n’y a qu’en Polynésie française qu’on a un hybride, c’est Vanilla ×tahitensis hybride entre Vanilla planifolia et probablement Vanilla odorata. On ne sait pas si c’est un hybride qui s’est fait en Polynésie après que différentes espèces (Vanilla planifolia, Vanilla pompona + autres ?) y aient été importées ou si cet hybride provient du Mexique (d’où sont originaires les espèces Vanilla planifolia et Vanilla odorata).

On trouve aussi Vanilla ×tahitensis (provenant de Tahiti) aux iles Cook, à Niue, en Papouasie Nouvelle Guinée, En Indonésie (Bali) et à l’Ile Maurice.

Dans le Pacifique on trouve aussi Vanilla planifolia : Tonga, Iles Cook, Papouasie Nouvelle Guinée, Nouvelle Calédonie,  Vanuatu, Fidji, Australie et Hawaï.

Afrique

Gousses de vanille des Monts de la Lune du Congo

Vanilla planifolia en Ouganda, Tanzanie et Congo (RDC) et par le passé au Cameroun et aux Iles du Cap Vert.

Asie

En Chine, on a essayé de cultiver Vanilla planifolia mais la production a échouée (dans les années 2000) ainsi qu’au Vietnam (vanilla planifolia et tahitensis) mais la production a cessée en 2014. Des tentatives, malheureusement infructueuses à ce jour, ont été  tentées au Myanmar, Thaïlande et au Cambodge.

Amérique centrale

Au Mexique, au Costa Rica, au Guatemala et au Salvador on cultive vanilla planifolia et des hybrides planifolia et pompona.


La vanille en quelques dates

Du 16ème au 18ème siècle

1512-1516 : Des premières gousses de vanille auraient été ramenées et présentées à la cour d’Espagne.

1518-1525 : Cortès découvre la vanille lors de la conquête de Tenochtitlán et il aurait ramené ensuite des gousses et des plants de vanillier du Mexique à la cours d’Espagne. En fait l’arrivée des premières gousses de vanille en Espagne n’est pas vraiment précise ainsi que les noms des personnes qui les ont transportées.

1565-1815 : Les Espagnols expédient différents plants de différentes variétés de vanille du Mexique vers Manille aux Philippines (dont des plans hybrides de vanilla planifolia et vanilla orodata déjà créés par les Mayas dans les territoires de Belize au sud de Mexico et du  Guatemala actuel ?). Les Mayas avaient certainement déjà commencé l’amélioration des vanilles par croissement des variétés endémiques locales.

1602 : Les premières gousses de vanille arrivent à la cours de la reine Elisabeth d’Angleterre et à la cours de France. Charles de l’Ecluse publie en France une description naturaliste de la gousse de vanille en 1607. Dans le siècle, Louis XIV initie une première tentative d’introduction de plants de vanillier à l’île Bourbon mais qui échoue.

19ème siècle

1807 : Le premier vanillier, en provenance de la Caraïbes, fleuri en 1807 dans la serre de Charles Greville à Padington en Angleterre.

1812 : Des plants de vanille arrivent de Guyane en France.

1819 : Le commandant Philibert ramène des plants de vanille de Guyane (vanilla Pompona) à l’Ile Bourbon.

1820 : Le commandant Philibert ramène des plants de vanille des Philippines (amenées précédemment par les Espagnols) à l’Ile Bourbon.

1822 : Des plants de vanille issus du Mexique sont ramenés à l’île de La Réunion par l’ordonnateur de l’île Bourbon  du Muséum de Paris où ils avaient été précédemment ramenés du Mexique.

1836 : La pollinisation artificielle est découverte en Belgique par Charles Morren au jardin botanique de Liège. Une année plus tard par Le français Charles Henri François Neumann.

Edmond Albius découvre en 1841 la méthode de pollinisation artificielle qui permet l’essor de la production des gousses de vanille à travers le monde.

1841 : Année importante pour la vanille. Sur l’île Bourbon, Un jeune enfant créole de 12 ans, Edmond Albius découvre la méthode de pollinisation artificielle à appliquer sur le terrain et qui permet enfin l’essor de la production des gousses de vanille à travers le monde.

Vanille de La Réunion

En Guadeloupe et en Martinique, la production de vanille a débuté vers les  années 1840. Les plantations furent assez importantes. En 1918, les exportations de vanille de la Guadeloupe atteignirent près de 45 tonnes pour être aujourd’hui inférieures à 100 kg. Il reste des plants de vanille redevenus sauvages dans la réserve naturelle du nord de la Martinique ainsi qu’en Guadeloupe (vanilla flagrans et pompona). De nos jours, la Guyane produit quelques dizaines de kilo de vanille et Mayotte moins de 200 kg. La Nouvelle-Calédonie produit plusieurs tonnes de vanille selon les années.

1845-1875 : Des plants de vanilles sont ramenés de La Réunion à Tahiti.

1848 : Des plants de vanilles sont ramenés des Philippines à Tahiti par l’amiral F. Hamelin de la frégate La Virginie et constituent le socle premier de la variété vanilla tahitensis et dont les extraits « d’absolu » des gousses serviront à la création des premiers grands parfums parisiens.

1850 : Des plants de vanille (vanilla pompona) sont ramenés des îles des Antilles à Tahiti ainsi que des vanilles de Guyane. Un autre amiral, qui se prénommait Bonnard, importe des boutures de vanille Bourbon et de la vanille antillaise : la « pompona », issue de la serre du jardin des Plantes de Paris. De différents croisements habiles, qui donneront les premiers cultivars, va naître la vanilla « tahitensis » dite tahitienne, riche en composantes aromatiques.

1874 : Des plants de vanille du Mexique sont à nouveau ramenés à Tahiti pour améliorer les variétés existantes.

1898 : Des plants de vanilla planifolia de l’île de la Réunion sont à nouveau ramené à Tahiti. C’est à partir de la fin du XIXème siècle qu’une quinzaine de cultivars seront effectivement présents  dans les îles de la Société.

Du 20ème siècle à aujourd’hui

1900-1960 : L’âge d’or de la production de vanille à travers le monde. Durant cette période, la qualité des gousses de vanille s’est considérablement accrue et le savoir faire s’est répandu dans près de 35 pays ou îles principales. A cette époque, une demi-gousse de vanille était suffisante pour  parfumer 1 litre de lait par exemple pour la crème anglaise ou crème pâtissière.

Gousses de vanille de Tahiti mûres juste cueillies

1960-2000 : Fort déclin de la production de vanille de Tahiti. La production est même tombée jusqu’à moins d’une tonne ! A comparer aux 100 à 200 tonnes des décennies 30 à 60. Toutefois, de nombreux plants des différents cultivars subsistent dans les jardins polynésiens privés et dans les anciennes vanilleraies à l’abandon. Tous ses plants serviront au renouveau de la culture de la vanille de Tahiti sous ombrières à partir de 2003 d’où une profusion de nouveaux et nombreux « crus » de grande qualité qui commencent à émerger et à  être disponibles aujourd’hui.

2001-2009 : remontée progressive de la production de vanille de Tahiti jusqu’à 40 tonnes en 2009.

Depuis 2010 : A nouveau une lente baisse de la production : 15 à 20 tonnes en 2011, 9 tonnes en 2018 (forte baisse de la production due à la non régénération/remplacement des plants de vanilliers dans les ombrières et à la diffusion de la fusariose due à de mauvaises pratiques lors de l’utilisation d’engrais naturels). Deux qualités de commercialisation sont présentes aujourd’hui, Extra et Première qualité.

Du fait de la forte baisse de production constatée depuis en 2013 des gousses de vanille de Tahiti, les prix à la vente sont à la hausse (estimation 10 à 15% par an) en attendant les fruits des nouvelles relances de production.